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Aventure du Train

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Le troisième chemin de fer de France

La ligne Andrézieux à Roanne (à partir de 1832)

1832 : cent cinquante personnes dans des wagons à charbon

Juillet 1832. Dans le Forez encore en chantier, une locomotive toute neuve prend en charge son premier convoi public. Elle s'appelle "La Loire", sort des ateliers Stephenson à Newcastle, et vient d'être livrée il y a quelques semaines à peine. Ce jour-là, elle remorque cent cinquante personnes installées dans six wagons entre Feurs et Montrond-les-Bains. Ce n'est pas encore l'inauguration officielle de la ligne (celle-ci n'aura lieu qu'en février 1833). Mais c'est la première démonstration publique d'une ligne qui va compléter, dans le Forez, ce que Saint-Étienne et Andrézieux avaient commencé cinq ans plus tôt. "La Loire" et sa sœur "Constance" (livrée quelques semaines après) sont alors les premières locomotives de conception moderne à circuler en France.

Locomotive Stephenson & Co (Newcastle)
Première machine sur la troisième ligne de France


Les origines : relier Andrézieux à Roanne, la Loire à elle-même (1828-1829)

La ligne de Saint-Étienne à Andrézieux avait résolu un premier problème : acheminer le charbon stéphanois jusqu'au port fluvial le plus proche. Mais entre Andrézieux et Roanne, la Loire ne se laisse pas facilement descendre. La navigation y est difficile, capricieuse, soumise aux crues et aux étiages. Le charbon qui arrive à Andrézieux pour être embarqué sur les rambertes ne peut pas toujours poursuivre sa route vers le nord aussi aisément qu'on le voudrait.

La solution est à nouveau le rail. Le 21 juillet 1828, la concession de la ligne est accordée à deux ingénieurs civils parisiens, François-Noël Mellet et Charles-Joseph Henry. Soixante-sept kilomètres à tracer à travers la plaine du Forez, puis à faire franchir les reliefs qui séparent cette plaine du port de Roanne. L'objectif est clair : prolonger la chaîne charbon-rail-fleuve jusqu'à Roanne, où la Loire est alors plus facilement navigable et où les canaux peuvent prendre le relais vers Paris et le nord de la France.

La technique : une ligne qui invente sa propre géographie

Le tracé que Mellet et Henry conçoivent est une réponse directe au terrain. Dans la plaine du Forez, entre Andrézieux et Balbigny, la ligne est relativement plane : chevaux et locomotives à vapeur y assurent la traction. Mais au nord de Balbigny, le relief change. Pour franchir le seuil qui sépare cette plaine de Roanne, les ingénieurs recourent à une technique alors encore rare en France : les plans inclinés.

Ces plans inclinés sont au nombre de cinq sur la ligne. Leur principe est simple : sur les pentes les plus raides, les wagons ne peuvent pas être tractés normalement. Alors on les accroche à un câble. Sur certains plans, le poids des wagons chargés descendant vers Roanne suffit à hisser les wagons vides qui remontent : les deux convois s'équilibrent naturellement. Sur d'autres, trop raides ou mal configurés pour cet équilibre, une machine à vapeur fixe installée au sommet actionne le câble. Le bâtiment qui abritait l'une de ces machines, à Biesse près de Saint-Marcel-de-Félines, est toujours debout aujourd'hui mais mériterait d'être protégé et mis en valeur. Il s'agit d'un des rares témoins architecturaux des premières lignes françaises encore visibles.

Entre les plans inclinés, sur les sections en plaine, la traction est hippomobile ou, dès 1833, assurée par des locomotives à vapeur. La ligne est ainsi une mosaïque de techniques, une expérimentation grandeur nature sur les moyens de faire circuler des convois lourds dans un paysage varié.


Machine à vapeur fixe située à Neulise et tractant un train


Un réseau se forme : Andrézieux au centre de tout (1833)

La ligne est livrée le 10 janvier 1833 et ouverte au trafic commercial de houille en avril. La question du raccordement avec la ligne de Saint-Étienne à Andrézieux a fait l'objet d'un long débat. Mellet et Henry souhaitaient le réaliser à La Fouillouse, en amont d'Andrézieux, pour raccourcir le trajet de cinq kilomètres. Le Conseil général de la Loire s'y est opposé, craignant que ce raccourci prive le port d'Andrézieux d'une partie de son trafic fluvial. La solution retenue est un compromis : le raccordement se fait à la Quérillère, commune de Saint-Just-sur-Loire, à deux kilomètres en amont d'Andrézieux. Il est mis en service fin 1833.

C'est à cet instant que le premier réseau ferroviaire de France existe vraiment. Trois lignes, trois compagnies distinctes, mais un système cohérent : le charbon quitte Saint-Étienne par rail, arrive sur Andrézieux, peut continuer vers Roanne par une autre ligne ou descendre la Loire par ramberte, pendant que la ligne de Lyon relie le bassin stéphanois au Rhône. Rail, fleuve et canal s'articulent en un réseau intermodal dont Andrézieux est un des nœuds incontournables.

En 1853, les trois compagnies fusionnent sous le nom de Compagnie des chemins de fer de jonction du Rhône à la Loire, scellant définitivement l'unité d'un réseau né en trois actes entre 1827 et 1833, dans un seul département.

Dans le spectacle immersif de L'Aventure du Train, vous découvrez l'histoire de ces trois lignes et leur rôle dans la naissance du rail français : une façon de mesurer ce que représentait, vu depuis Andrézieux et de Saint-Etienne, l'achèvement de ce premier réseau.


Une histoire que vous pouvez continuer à explorer

Nous enrichissons progressivement notre rubrique "Actus & News" avec des récits, des archives et des anecdotes sur les trois premières lignes de France, toutes nées dans notre département entre 1827 et 1833, en préparation du Bicentenaire 2027. Revenez régulièrement : de nouveaux contenus y sont publiés au fil des mois.


Pour aller plus loin

Un documentaire à voir
"Sur le chemin du premier rail français" (2024) : documentaire de Margaux Pélisson, coproduit par TL7 et Nomage Productions (52 min). Consacré à la naissance du rail dans le département de la Loire, il replace la ligne Saint-Étienne – Andrézieux dans le contexte du premier réseau ferroviaire français, dont la ligne de Roanne fait partie. Disponible gratuitement en replay.

Un ouvrage de référence
"La Loire, berceau du rail français" (2000) : Jean-Claude Faure, Gérard Vachez et les Amis du Rail du Forez, éditions ARF. L'ouvrage de référence sur les trois premières lignes de France. Disponible à la boutique de L'Aventure du Train.

Pour approfondir
L'article Wikipédia consacré à la Compagnie du chemin de fer de la Loire recense les principales sources académiques sur cette ligne et sur les ingénieurs Mellet et Henry.


Avec l'Aventure du Train, revivez les débuts du chemin de fer par une expérience immersive unique et partez sur les traces de la première ligne du continent !

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